Le rallye du Bitcoin fait face à son premier véritable test de conviction

L'afflux d'ETF qui a permis au Bitcoin de repasser au-dessus de 77 000 $ cette semaine se heurte directement aux vendeurs qu'il était censé absorber. Huit séances consécutives d’entrées sur les ETF spot, totalisant 2,1 milliards de dollars, ont permis au Bitcoin de rebondir d’environ 12 % par rapport à ses plus bas d’avril — et de l’amener dans une zone de prix où les données on-chain suggèrent que les détenteurs à court terme ont historiquement pris leurs profits plutôt qu’ajouté à leurs positions.
C’est la question qui se pose sous ce rallye. Non pas si la demande institutionnelle est de retour — les flux y répondent — mais si elle arrive assez tôt pour absorber la distribution, ou trop tard pour servir de liquidité de sortie aux traders qui ont acheté plus bas.
La série de huit jours qui a changé la donne
Les ETF Bitcoin spot ont enregistré une entrée nette de 223 millions de dollars le 23 avril, prolongeant la plus longue série d’entrées depuis la séquence de neuf jours en octobre 2025 qui avait porté le Bitcoin à son record historique de 126 000 $. Les entrées nettes cumulées depuis le lancement dépassent désormais 58 milliards de dollars, avec des actifs totaux d’environ 102 milliards de dollars — soit environ 6,5 % de la capitalisation du marché du Bitcoin.
L’IBIT de BlackRock a dominé la demande récente, captant près de 75 % des flux du jeudi. Le FBTC de Fidelity a été la seule sortie significative. Le Bitcoin est passé d’environ 68 000 $ à 77 650 $ pendant cette séquence, un mouvement qui a presque parfaitement suivi le retour de la demande d’ETF après plusieurs semaines de dynamique inégale plus tôt en avril.
Cette concentration est importante. Lorsque les flux sont aussi concentrés sur un seul véhicule, l’acheteur marginal est restreint, et tout ralentissement de cette source unique peut rapidement modifier le sentiment.
Pourquoi le niveau des 78 100 $ est-il surveillé par les traders ?
Les données de Glassnode montrent que le Bitcoin a retrouvé sa True Market Mean à 78 100 $ — le coût moyen d’acquisition de l’offre activement échangée. Ce niveau n’avait pas été retrouvé depuis la mi-janvier, et sépare historiquement les phases où les détenteurs à court terme sont en perte de celles où ils sont en profit.
Un second cluster on-chain se situe près de 80 100 $, que Glassnode identifie comme le coût de revient des détenteurs à court terme pour ce cycle. Les analystes ont signalé ces deux niveaux comme des zones où les précédents rallyes de 2026 ont été plafonnés. L’implication : les 3 à 5 % suivants portent un poids technique disproportionné, car ils déterminent si la cohorte ayant acheté au-dessus de 80 000 $ plus tôt cette année revient à l’équilibre — et s’ils vendent une fois ce seuil atteint.
Certains analystes suggèrent que la demande des ETF pourrait servir de liquidité de sortie pour les détenteurs à court terme plutôt que de refléter une nouvelle demande nette. D’autres estiment que le profil des flux est structurellement différent des précédents rallyes menés par le retail, la domination de l’IBIT reflétant un positionnement piloté par les allocateurs, potentiellement moins réactif aux mouvements de prix à court terme.
La divergence de l’Ethereum
Tandis que les ETF Bitcoin poursuivaient leur série, les ETF Ethereum spot ont mis fin à une séquence de 10 jours d’entrées le 23 avril avec une sortie de 75,9 millions de dollars. L’Ether a sous-performé sur la même période, glissant vers 2 317 $ après avoir ouvert la session asiatique près de 2 375 $.
La dominance du Bitcoin est remontée à environ 60 %. C’est le signal le plus clair pour les traders que les capitaux se dirigent spécifiquement vers le BTC, et non vers la crypto dans son ensemble. Les cycles précédents ont vu des pics de dominance similaires à la fois au début et à la fin des grandes phases haussières du BTC, ce qui explique pourquoi cette lecture est contestée plutôt que directionnelle.
Expiration des options et contexte macroéconomique
Près de 10 milliards de dollars de valeur notionnelle d’options BTC et ETH doivent expirer le 24 avril, dont environ 8,5 milliards liés au BTC et 1,3 milliard à l’ETH. Les expirations de cette ampleur ont tendance à comprimer la volatilité jusqu’à l’événement puis à la libérer peu après, offrant ainsi aux traders un catalyseur de volatilité à court terme distinct de la dynamique fondamentale des flux.
Le contexte macroéconomique reste incertain. Les discussions entre les États-Unis et l’Iran progressent peu, le trafic maritime dans le détroit d’Hormuz reste fortement perturbé, et le pétrole se négocie près de 100 $ après une forte hausse. La vigueur actuelle du Bitcoin est inhabituelle dans ce contexte — les flux de refuge se sont principalement dirigés vers l’or et le dollar, tandis que le BTC est soutenu par une narration qui a peu à voir avec la géopolitique. Ce découplage est soit le signe d’une participation institutionnelle en maturation, soit un avertissement que les flux d’ETF sont insensibles à des risques macroéconomiques pourtant importants.
Ce que les traders surveillent ensuite
Le test à court terme consiste à voir si le Bitcoin peut clôturer nettement au-dessus de 80 100 $ et s’y maintenir. Une cassure franche indiquerait que la cohorte des détenteurs à court terme a été absorbée plutôt que déclenchée à la vente. Un rejet suggérerait que la demande des ETF, aussi persistante soit-elle, n’est pas encore suffisante pour absorber l’offre excédentaire.
Au-delà, un neuvième jour consécutif d’entrées sur les ETF égalerait la série d’octobre 2025 — un marqueur symbolique que les traders surveilleront pour détecter une poursuite ou un essoufflement. La stabilisation des flux sur l’Ethereum, ou un élargissement supplémentaire de la divergence BTC/ETH, pourrait déterminer si l’on considère cet épisode comme un événement propre au Bitcoin ou comme le début d’une rotation crypto plus large.
Ce que le marché ne peut pas encore déterminer, c’est si la demande institutionnelle arrive tôt ou tard dans ce mouvement — et c’est la question que les prochaines séances viendront trancher.
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et ne constituent pas un indicateur fiable des performances à venir.